 | Monsieur Stéphane DUPONT Stéphane Dupont, un véritable homme de radio, un poète des sons et des paroles. Un grand maître de notre imaginaire. Il faudrait publier tous les numéros du « Bar de l'Estacade » ! Avec Grenadine, la jeune femme qui buvait toutes ses consommations à la paille et avec Dimitri, le fils de l'ouvreuse du Rialto. Le nom de Stéphane Dupont est inscrit sur ma table depuis depuis de nombreux mois, pour me rappeler de consulter les archives de la Sonuma, car ses émissions, dont j’ai la nostalgie, constituent un patrimoine à elles toutes seules.
Il a été un cinéaste dont les films n'avaient pas besoin d'images. Il en est peu qui, aussi bien que lui, ont anobli l'art radiophonique et je pleure sa disparition. Un auditeur.
Je ne vais pas philosopher au sujet du chagrin, des condoléances, du deuil, de toutes les épreuves imposées aux survivants par la disparition d’un être cher. Celles-ci sont pénibles quoi qu’il en soit. Les condoléances – cum dolere – permettent au cercueil de donner à ceux qui le portent l’illusion d’être moins lourd alors que son poids ne l’est pas moins. Il convient de le savoir, pour ne pas s’en tenir seulement à ce geste, combien sincère, fraternel et chaleureux soit-il, de la présentation des marques de sympathie. Les destinataires de ces actes d’altruisme de circonstance auront besoin de plus, dans l’avenir. Leurs auteurs, eux-mêmes, ne pourront se dédouaner à si bon marché de leur épreuve. Car si l’on offre ses condoléances – sauf à être le comble des hypocrites – c’est que l’on est soi-même touché par la disparition de l’être cher. Et cette disparition ne peut être éternelle : la vie du défunt resurgira. Dans nos pensées, dans nos rêves, dans notre inconscient, dans ce que nous sommes, en somme. Dans cette somme en laquelle la part du défunt ne pèse pas rien. En laquelle elle aura éternellement son poids, sa valeur, son rayonnement jusque dans toutes les générations à venir. Car la vie, au-delà de la mort, est une construction ; elle est par essence la construction d’un futur. Dès ce mardi 12 mai 2020, à 22 heures, La Première radio de la RTBF, rediffusera des émissions réalisées par Stéphane Dupont notamment sous les titres de La 4ème dimension ou Le Bar de l’Estacade. Et ce, sans doute tous les mardis de mai, voire au-delà. Un portrait devrait aussi être diffusé le 13 mai à 22 heures. L’œuvre radiophonique de Stéphane Dupont y apparaît comme se situant bien au-delà d’un devoir alimentaire, d’un savoir-faire, d’un talent, d’une empathie à l’égard des sujets abordés et des auditeurs, d’un don de la communication : elle relève de la poésie pure. De l’alchimie des silences et des sons, des non-dits et des cris revendiqués aussi bien que des musiques presque tues, d’une culture aussi discrète qu’impressionnante, d’une attention hors du commun à l’autre et à tous ces riens qui font le tout. A ce titre, elle devra figurer au programme de la formation des étudiants de toutes les facultés littéraires et artistiques de nos universités, conservatoires et hautes écoles. N’est-ce pas là que l’on étudie toujours Homère, Virgile, Pétrarque, Baudelaire et Pasolini ? D
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